« On n’est pas couché » : la politique dans le divertissement

Imen Bouabdallah (2011)

On n'est pas couché« On n’est pas couché »
La politique dans le divertissement

Synthèse rédigée par Juliette Thimoreau (promotion 2013-2014)
dans le cadre du module Rédiger pour le web

Tout le monde connaît le talk-show présenté par Laurent Ruquier et diffusé tous les samedis en deuxième partie de soirée sur France 2 depuis huit ans. Un tel succès provient de l’alliance entre information et divertissement. Une pincée de rire, une cuillère à soupe de politique et de culturel, mélangez avec un des animateurs les plus célèbres du PAF, deux chroniqueurs provocateurs et le tour est joué.

Qui a dit que politique et divertissement n’étaient pas conciliables ? En fait, ça ne l’est que depuis l’invention de la télévision dans les années cinquante. En effet, la télévision, nouveau vecteur de transmission des discours politiques, s’adresse à un large public en soif de divertissements. Ce mémoire est rédigé par Imen Bouabdallah dans le cadre du master 2 communication des entreprises et sociologie des TIC de l’Université Paris-Est Marne-La-Vallée en 2011. Il se situe alors dans un contexte politique favorable à l’analyse du talk-show politique. En effet, à un an des élections présidentielles, aux prémisses du printemps arabe et en plein scandale de l’affaire Dominique Strauss-Kahn, les débats n’en sont que plus virulents, intéressants et enclins à une analyse pointue.

Le talk-show, un espace d’expression pour le discours politique

Ce mémoire a donc pour but de comprendre l’évolution des programmes de divertissement mettant en scène des politiques au travers de l’émission « On n’est pas couché ». Imen Bouabdallah s’est appuyée sur un corpus de quatre émissions diffusées entre avril et décembre 2010 représentant des personnalités aux idées politiques différentes (Jean-François Copé, Jean-Luc Mélenchon, Dominique de Villepin et Cécile Duflot). Les politiciens sont au cœur des émissions, entre potins et controverses, une stratégie de communication est mise en place afin de plaire et d’attirer un large public.
L’auteur du mémoire a, de plus, choisi de s’entretenir avec le fondateur du site labandearuquier.com afin d’étudier l’importance de l’Internet pour ces émissions au travers des forums où des internautes prolongent le débat politique au delà de l’espace télévisuel.

 

Entre divertissement et émission politique

La particularité et la clé du succès de l’émission On n’est pas couché proviennent de sa capacité à mêler divertissement et politique. Appelé plus communément infotainment, ce type d’émission permet de s’éloigner des clichés des débats politiques aux codes stricts, à savoir costume-cravate, vouvoiement et interdiction de parler de vie privée, afin de mettre en scène le politique d’une manière davantage décontractée et dans un langage assoupli favorisant une proximité avec le public et entre les invités. Ainsi, le talk-show se pose comme nouvelle scène médiatique et se compare à un orchestre dirigé par Laurent Ruquier. À chacun sa parole, à chacun ses arguments, à chacun ses idées ; plus ou moins partagées par les autres invités et chroniqueurs. C’est ainsi que les débats peuvent prendre une allure plus ou moins houleuse, ce qui a fait la réputation de l’émission.

La politique : un boosteur d’audience

L’analyse met en lumière l’importance de la dimension politique au sein d’On n’est pas couché. En effet, lorsqu’il n’y a pas d’invité politique l’audience diminue fortement. Force est de constater que la figure du politique ajoute au débat une valeur forte car la parole politique est plus facile à constater et à remettre en cause que celle d’un humoriste ou d’un chanteur, à titre d’exemples. Ainsi, c’est aussi lors de débats politiques que les discussions des forums sont les plus fournies et argumentées.

Un nouveau format d’expression de la parole politique

De plus, l’auteur démontre que la politique est au cœur de la programmation télévisuelle. Les talk-shows offrent un nouvel espace médiatique d’expression au service de la parole politique. Il ne s’agit pas de parler politique mais de discuter de politique autour d’un débat animé par des spécialistes dits « experts », des invités diversifiés (sportifs, acteurs, chanteurs, humoristes) et par un Laurent Ruquier sympathique, taquin et toujours respectueux de la parole de ses invités. L’objectif de l’émission n’est donc pas de valoriser le personnage politique et son parti mais de valoriser la personne, la communication de l’image du politicien. Même si l’émission épouse des critiques concernant les discours politiques considérés comme du bla-bla et une politique exacerbée de l’image, l’émission ne cesse d’attirer et de plaire.

Le polémiste comme clef du succès

L’un des ingrédients du succès d’On n’est pas couché se situe dans le casting de l’émission : le duo infernal Eric Zemmour et Eric Naulleau (dits « les deux Eric »). Ces journalistes et polémistes sont connus pour leur provocation. Ils sont redoutés au point que certains politiques refusent de participer à l’émission par peur de les confronter. Le mémoire s’ouvre, d’ailleurs, sur leur départ de l’émission et sur la possibilité d’une baisse d’audience.

Or, un autre duo cruel fit son apparition dès la rentrée 2011, celui d’Audrey Pulvar et Natacha Polony, duo féminin tout autant provocateur et polémiste qui a su séduire et continuer de fidéliser.