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Comment parler D’art d’art à la télévision ?

Synthèse rédigée par Mégane Erbin (promotion 2013-2014)
dans le cadre du module Rédiger pour le web.

De la culture à la télévision ? L’émission D’art d’art est particulière dans le paysage télévisuel français, puisqu’il s’agit d’un programme court, diffusé depuis de nombreuses années, et qui parle d’art… Cette émission tient sa réussite de son format pérenne et qui sait capter l’attention d’un public non acquis. Installez-vous confortablement et ne zappez pas !

Dans le cadre de son Master 2 Communication des entreprises et médias sociaux à l’Université Paris-Est Marne-la-Vallée en 2009-2010 et sous la tutelle de Patrice Flichy, Domitille du Bot a choisi de faire de son sujet de mémoire la question de la culture à la télévision, à travers l’étude de l’émission D’art d’art et sa réception.

Diffuser la culture à la télévision, un réel défi

Parler d’art et de culture à la télévision n’est pas une nouveauté. Comme nous l’explique l’auteur de ce mémoire, il y a toujours eu des émissions culturelles diffusées à la télévision, puisque la mission première du petit écran est de cultiver. Pourtant, ce n’est pas non plus chose facile : le public est demandeur de culture et d’art à la télévision, mais paradoxalement, il ne regarde pas nécessairement les programmes diffusés. Ces derniers sont donc relégués aux grilles de programmation nocturnes ou de faible audience. De plus, la culture n’est a priori pas accessible à tous : le sociologue Pierre Bourdieu parle de « culture légitime », considérant ainsi qu’il « existe une culture réservée aux classes supérieures dominantes ». Nous pouvons ainsi comprendre que cette culture légitime n’a pas sa place à la télévision.

L’émission D’art d’art en question

L’émission D’art d’art, diffusée sur France 2 le lundi à 21h30 depuis 2002 sans interruption, est toujours présente dans la programmation de la chaîne 11 ans après – à la fin de l’année 2013 – et rassemble près de six millions de téléspectateurs. L’émission partage la culture légitime à la télévision en la vulgarisant. Nous sommes donc en droit de nous demander comment cette émission, qui présente une œuvre d’art en 1’30 à travers une anecdote, a su assurer sa pérennité et relever le défi de fidéliser un public qui n’était pas acquis.

Une analyse de l’émission et des entretiens

Pour comprendre la pérennité de ce programme, il était nécessaire d’étudier l’émission, dans un premier temps afin de présenter son contexte, à savoir la légitimité de la culture et de l’art à la télévision, et dans un deuxième temps pour expliquer ce que contient l’émission, comment elle s’articule, se compose.
Le meilleur moyen de connaître la réception de D’art d’art par le public est évidemment d’interroger directement ce public. C’est pourquoi un échantillon de neuf personnes a été interrogé, ces individus ayant été choisis parce qu’ils regardaient régulièrement l’émission. Un lien a également été fait avec le site internet de l’émission, pour comprendre le rapport que les individus ont avec le site, leur utilisation, et par conséquent leur rapport à l’émission. Les forums et autres sites qui pouvaient évoquer l’émission ont également été analysés.
Domitille du Bot met en évidence plusieurs facteurs qui expliquent la réussite de cette émission.

Un format court et ludique pour capter l’attention

Tout d’abord, le format de l’émission tient d’une stratégie spécifique qui a pour but de capter l’attention du téléspectateur. Et effectivement, à travers les différents entretiens menés, la dimension courte du programme apparaît comme un facteur clé de réussite. Ce format très bref intervient comme une pause, un rendez-vous plaisant et amusant, pour s’enrichir à travers une anecdote facile à mémoriser, sans avoir l’impression de perdre du temps ou devoir passer une heure ou plus devant la télévision. En parvenant ainsi à fidéliser un public régulier, cette émission constitue une exception. Une exception qui fonctionne parce qu’elle s’inscrit dans l’air du temps et tient compte de l’évolution de la société, tout en rendant la compréhension des œuvres d’art abordable.

Un public différent de celui des musées

Ensuite, le public qui regarde l’émission n’est pas le public qui se rend généralement dans les musées, il s’agit donc plutôt d’un « non-public ». En revanche, les publics dits « avisés » (c’est-à-dire le public muséal) n’ont pas nécessairement un avis positif sur le programme. Or, l’étude des statistiques de l’émission permet de dire que le public de l’émission est varié du fait de l’heure de diffusion, mais ne donne pas de précision quant à la fréquentation des musées par ce public. Cependant, sur les neuf personnes interrogées, certains visitent des musées de temps en temps, mais pas tous, et une personne ne s’y rend jamais, ce qui montre que le public ne semble pas être le même que celui qui se rend généralement dans les musées.

Un nouveau rapport à l’art

Enfin, ce programme permet une vulgarisation de l’art, puisqu’il raconte l’art à travers une anecdote, souvent amusante, contribuant ainsi à rendre l’art plus accessible, plus compréhensible par tous.

Alors que les émissions de culture et d’art récoltent en général peu d’audience à la télévision, D’art d’art existe depuis 11 ans. L’auteur conclut son mémoire en se demandant si, finalement, le secret pour diffuser de la culture à la télévision tout en captant le public résidait simplement dans la brièveté des programmes, accompagnée d’une pointe de divertissement ?